Nous sommes à l’hiver 1997, je suis un adolescent qui game sur l’ordinateur familial du sous-sol de la maison de mes parents. Je joue à Donjons & Dragons depuis plusieurs années, j’ai fait les Final Fantasy et autres RPGs, mais je n’ai jamais connu un jeu comme Daggerfall. Un IMMENSE territoire de 450 000 km² avec des centaines de villages, villes, donjons, temples, dans des dizaines de régions.
Série de 3 billets sur Daggerfall:
28 ans plus tard: Elder Scrolls II: Daggerfall
Comment jouer à Daggerfall 28 ans plus tard
Les chroniques de Ti-Guy Lamothe, premier...et l'influence de Daggerfall sur moi

La carte régionale du jeu, qui se déroule sur deux provinces de l’Empire (en rouge: le royaume de Daggerfall). Les développeurs disent « à peu près la taille de l’Angleterre » (210 000 km²) mais BadLuckBert mentionne dans un message de forum: « Daggerfall’s map is 1000×500 pixels in size, 1 pixel is roughly 800×800 meters so the entire map of Daggerfall, water included, is around 400.000 square kilometers ».
Tu marches où tu veux, tu défonces une porte ou crochètes la serrure d’une boutique la nuit pour t’y infiltrer et cambrioler, les gardes te courent après, tu grimpes sur les murs des maisons pour te sauver, mais inévitablement ils t’arrêtent, tu plaides coupable pour une sentence réduite, tu sors de prison après une vingtaine de jours et tu pars te refaire une vie dans une autre région où on ne te connaît pas…

Ça c’est le royaume de Daggerfall, le petit bout qu’on voyait en rouge dans l’autre image. Chaque point brun est un village ou une ville, chaque point orange un donjon. Gloups!
Daggerfall, c’est le jeu le plus ambitieux que j’ai connu pendant la majorité de ma vie. Que ce soit sorti en 1996 n’a aucun maudit bon sens. J’ai joué vraiment beaucoup, mais je n’ai jamais progressé très loin dans la quête principale. Et pour cause: le manuel te disait clairement “c’est ton histoire, c’est ta vie que tu te fais”. J’ai rejoué plusieurs séances en streaming en 2023. Un gars était venu dans le clavardage, un certain Cliffworms. Turns out que le gars était un modder de Daggerfall. Depuis des années, il avait fait plein de mods. J’ai installé plein de mods, et wow, le jeu restait SOLIDE après tout ce temps. Et là il y a quelques mois, les compères sur le Discord du HUB Mário Jorge Ramos et Trent Faucon parlaient de jouer à Daggerfall. J’ai donné des conseils. Et je me suis lancé en me donnant l’objectif d’enfin faire la main quest pour vrai.
Aujourd’hui, 19 mai 2025, 28 ans après mes soirées d’adolescent dans le sous-sol de mes parents, j’ai fini la quête principale de Daggerfall. Quelle épopée ça a été.
Message posté sur le groupe Facebook Finir des cassettes le…19 mai 2025, bien sûr.
Daggerfall, ça ne ressemble à rien. Énormément d’ambition, mais aussi très clunky, pratiquement impossible à réussir en raison des bugs qui se produisent inévitablement, malgré les meilleurs patches. Aussi, si tu trouves que le Water Temple de Ocarina of Time était vraiment too much, attends de faire les donjons de Daggerfall. Ça n’a AUCUN sens comment c’est ginormous.

Un donjon dans Daggerfall. Ça c’est le module de carte dans le jeu. Tu peux pivoter et déplacer la caméra pour regarder la carte, qui au fond est pas pantoute une carte mais en fait le modèle 3D du donjon vu de dehors.

La ville de Daggerfall dans le royaume de Daggerfall dans le jeu Daggerfall. Équivalent de la blague qu’on se faisait entre amis en 1997 quand on parlait de la toune Pennywise sur l’album Pennywise du groupe Pennywise. On est loin des villes typiques de RPG dans lesquelles on a quelques rues et une quinzaine de commerces/maisons, toutes essentielles à ton aventure et rien d’extra.
Le problème de Daggerfall, c’est qu’il faut avoir un ami qui t’explique comment jouer pour avoir la moindre chance de survivre. Il faut se faire une custom class, empiler des avantages qu’on sait qu’ils seront super bons et se les payer avec des désavantages qu’on sait qu’ils seront négligeables. Ça demande une connaissance fine des mécaniques du jeu AVANT de jouer au jeu. Et même des mécaniques et des bugs qui transforment les mécaniques….vous voyez l’idée. Il faut accepter de mourir plein de fois dans le donjon de départ, qui est coupe-gorge. Beaucoup de personnages seront incapables de survivre au donjon de départ et beaucoup de joueurs ne verront jamais l’immense monde de Daggerfall. It’s that bad.

Mon boutte pref.: tu commences le jeu au fond d’un donjon avec un équipement misérable. La troisième salle que tu trouves, il y a un imp qui est immunisé aux armes de base (qui sont les seules armes que tu as). Invincible à moins que tu saches faire de la magie offensive. Good times!
Bref, un jeu très paradoxal, une fenêtre sur la trajectoire alternative des Elder Scrolls et de ce qu’on a cru que le futur des jeux vidéo pouvait être (de l’algorithmique, de la génération procédurale, de vastes univers avec des systèmes de quêtes et d’événements plutôt que du fait-main, qui est devenu la norme à partir de Morrowind). Définitivement à essayer pour sa culture vidéoludique, même s’il y a des chances qu’on n’adore pas.
De nos jours, on télécharge la version Unity et idéalement, on installe plusieurs mods. Il y a beaucoup de choix pour démarrer et ça peut être déroutant. On essaie de consulter UESP, des threads Reddit, ou un ami qui connaît le jeu. Je vais publier mon guide de conseils de démarrage dans le prochain article, si ça vous intéresse de vous lancer….

Ti-Guy Lamothe, premier, conquérant de Daggerfall! Il va maintenant vivre sa vie en civil, dans sa maison qu’il a achetée à Gothwood, dans les Illessian Hills, pour 525 000 gold (en contractant un prêt bancaire qu’il a tôt fait de rembourser), et en voguant sur les eaux de la Baie d’Iliac avec son bateau qu’il s’est payé pour une modique somme de 200 000.
Note: Daggerfall est un des 50 jeux dans le livre Fifty Key Video Games que j’ai co-dirigé avec Bernard Perron, Kelly Boudreau et Mark Wolf. C’est dire comment il occupe une place unique dans le paysage vidéoludique…